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[Brève marine n°4] – Quand la France arme les marines du monde

La France est le deuxième plus gros exportateur d'armes au monde. Il faut voir dans ce classement plusieurs raisons : tout d'abord une action très proactive de l'État à ces exportations, la présence d'entreprises diverses (Naval Group, Dassault, MBDA, Thales, Nexter), une qualité reconnue à l'internationale (en particulier des avions Rafale) et un contexte international favorable (réarmement européen et déclin des exportations d'armements russes depuis quelques années). 

Parts des pays dans les exportations mondiales d'armements

Bref, en plus d'être le pays des 258 variétés de fromages, la France est également, et surtout, le pays de l'Exocet, du Rafale et du Scorpène, un domaine nettement plus lucratif.

Voici donc un rapide tour d'horizon du matériel militaire naval que la France propose à l'exportation et qui a déjà fait l'objet de contrats avec des pays étrangers. 

Les corvettes et patrouilleurs Gowind

Les corvettes Gowind sont des navires de guerre polyvalents conçus par Naval Group, destinés à des missions de surveillance, de lutte anti-sous-marine, de protection des zones littorales et de guerre électronique. Alliant modernité, furtivité et modularité, elles incarnent une nouvelle génération de bâtiments de surface adaptés aux besoins des marines du XXIe siècle.

Le programme Gowind, lancé en 2006 par Naval Group (alors DCNS), visait à créer une famille de corvettes et patrouilleurs hauturiers adaptables à divers profils opérationnels. La construction du premier exemplaire, l’ENS El Fateh, a débuté en avril 2015 au chantier de Lorient, marquant le démarrage de la série Gowind 2500. Ce bâtiment a été lancé en septembre 2016 puis livré à la marine égyptienne un an plus tard, en septembre 2017, ouvrant la voie à une série d’exportations vers plusieurs marines étrangères.

La classe des Gowind regroupe plusieurs modèles différents : les corvettes Gowind 2500 (102 m., 2400 t.), les Gowind 1000 (87 m., 1500 t.) ainsi que plusieurs types de patrouilleurs (OPV 45, 52, 58, 70, 75, 90). La Marine française a disposé de 2011 à 2018 d'un patrouilleur Gowind OPV 90 : l'Adroit, qui fut ensuite vendu à l'Argentine en 2019. 

De par leur modularité leur permettant d'opérer sur des champs d'opérations très divers, les Gowind sont très populaires dans le monde et ont fait l'objet de plusieurs contrats. Ainsi, l'Égypte s'est dotée de quatre corvettes Gowind 2500 entre 2015 et 2023. 

En décembre 2011, un transfert de technologie de 9 milliards d'euros permet à la Malaisie de se doter de six Gowind 2500. 

En 2014, la France prévoit de vendre l'OPV 50 La Tapageuse à la marine gabonaise. Cette vente n'a toutefois jamais eu lieu et est finalement annulée. La Tapageuse est finalement vendue à la marine ivoirienne en 2022. 

En 2017, les Émirats ont annoncé leur volonté d'acheter deux Gowind 2500 qui sont admises au service actif en 2023 et 2024. 

En 2019, un accord est passé avec la Roumanie pour la construction de quatre corvettes Gowind. Cet accord est finalement annulé en 2023, pour des questions de responsabilités. 

Toujours en 2019, le Sénégal annonce acheter trois patrouilleurs Gowind OPV 58, ainsi que tout leur armement. Les trois bâtiments sont livrés entre avril 2023 et avril 2024 et constituent les navires les plus importants de la marine sénégalaise. 

En novembre 2024, le Monténégro a déclaré vouloir se doter de deux patrouilleurs Gowind OPV 60, spécialement équipés pour l'usage de drones et le déploiement de forces spéciales. 

Corvette Gowind égyptienne El Fateh classe 2500.

Les SSK Scorpène

Successeurs des Agosta, les sous-marins d'attaques conventionnels (SSK) Scorpène constituent une classe de submersibles à propulsion diesel-électrique, destinée à répondre aux besoins des marines souhaitant allier puissance, discrétion et polyvalence. Contrairement à leurs prédécesseurs, les Scorpène sont uniquement dédiés à l'exportation et n'équipent pas la Marine nationale. Réputés pour leur signature acoustique réduite et leur grande maniabilité, ces bâtiments peuvent être équipés du système de propulsion anaérobie MESMA, leur conférant une capacité accrue de plongée prolongée sans recours à l’air extérieur. Modulables en fonction des souhaits du client, ils sont capables de déployer torpilles lourdes, missiles antinavires, et commandos, tout en assurant des missions de renseignement, de surveillance ou de guerre anti-sous-marine.

On distingue trois principaux modèles de Scorpènes : le compact (pour les missions proches des littoraux), le 2000 (Scorpène équipé du système anaérobie MESMA) et le Basic (multi-missions). D'une longueur de 66 à 82 m. les Scorpène déplacent 2000 t. en plongée à une vitesse de 20 nœuds. Ils peuvent effectuer des patrouilles allant jusqu'à 50 jours. 

En 1997, le Chili passe commande de deux Scorpène qui sont mis en service en 2005 et 2005 et constituent deux des quatre submersibles de la marine chilienne. 

En 2002, un contrat est signé entre Naval Group et la Malaisie pour la construction de deux Scorpène. Un exemplaire d'un SSK Agosta a également été vendu à la Malaisie pour former ses sous-mariniers.

En avril 2024, l'Indonésie a passé commande pour deux Scorpène qu'elle construira elle-même après avoir acheté un transfert de technologies à Naval Group. 

En 2005, l'Inde signe un gigantesque contrat prévoyant la construction, en Inde, de six Scorpène ainsi que la livraison de 36 missiles antinavires Exocet. Un contrat de 2,4 milliards d'euros. En 2023, l'Inde re-signe un accord de principe pour la construction de trois Scorpène supplémentaires ainsi que la livraison de 26 Rafale. Faire cadeau d'une carte VIP à Bombay paraîtrait la moindre des choses. 

En 2008, le Brésil annonce la construction de quatre Scorpène-2000, après un transfert de technologie à Naval Group et à l'entreprise brésilienne Odebrecht chargée de la construction de la base navale pour accueillir les quatre submersibles. 

Un Scorpène de la Marine brésilienne.

Depuis novembre 2024, l'Argentine est en discussion pour l'acquisition de trois Scorpène.

Plusieurs contrats ont été annulés, notamment en 2008 avec le Pakistan qui a préféré faire affaire avec les chinois. Précisons que le Pakistan avait acheté en 1978 deux sous-marins de type Agosta. Le Portugal, Singapour et la Norvège ont eux aussi délaissé le Scorpène pour se tourner vers les sous-marins allemands proposés par TKMS. 

Le couac australien 

contrat signé en 2016 pour l'achat de 6 sous-marins d'attaques conventionnels. Toutefois, l’Australie a préféré consolider son alliance avec les USA et la GBR (AUKUS) en acceptant une offre étasunienne de sous-marins nucléaire. L'Australie a donc mis fin au contrat avec Naval Group en 2021 générant une crise diplomatique, la France dénonçant un « coup dans le dos ». 

Image de synthèse d'un Scorpène en plongée.

L'affaire des Mistral

En octobre 2009, la Russie exprime le souhait d'acquérir au moins deux porte-hélicoptères (alors BPC) de classe Mistral. Le 24 décembre 2010, le choix des bâtiments est arrêté et le 25 janvier 2011, l'accord est officialisé par les gouvernements français et russe : deux bâtiments seront construits par la France à Saint-Nazaire et, par un transfert de technologie, deux autres en Russie. Toutefois, à partir de la fin février 2014, la Russie occupe puis annexe la péninsule de Crimée, en violation totale du droit international. Les relations entre la Russie et l'occident se tendent. Plusieurs pays européens, Allemagne, Grande-Bretagne ainsi que les États-Unis demandent la suspension du contrat des Mistral. En novembre 2014, le président français François Hollande, déclare que la situation en Ukraine ne permet pas la livraison du premier navire. Le 5 août 2015, l'accord est officiellement annulé. La France s'engage à rembourser les sommes avancées par la Fédération de Russie (soit environ 1 milliard d'euros). Plusieurs pays entrent alors en lice pour récupérer le contrat : Canada, Inde, Singapour et l'Égypte (avec le soutien financier de l'Arabie saoudite). C'est finalement la marine égyptienne qui récupère les deux bâtiments qui lui sont livrés en juin et septembre 2016. De son côté, la Russie entreprend la construction de sa propre classe de porte-hélicoptères, la classe Ivan Rogov. En 2020, la quille de deux bâtiments a été posée : l'un sera utilisé en mer Noire, l'autre dans le Pacifique. 

Un PHA Mistral de la Marine nationale revenant de la mission Jeanne d'Arc.

Les autres contrats

Dans le cadre d’un partenariat stratégique, la Grèce a commandé trois frégates de défense et d'intervention (FDI) Belharra à la France (une quatrième en option) pour 3 milliards d’euros, livrables entre 2025 et 2026, et dotées des systèmes les plus avancés : radar Sea Fire, missiles Aster 30, Exocet MM40 B3C, torpilles MU90 et contre-mesures CANTO. Ce programme prévoit un transfert de compétences, un centre de soutien à Salamine et un pôle d’ingénierie local. Parallèlement, Athènes a acquis 24 Rafale français. Les FDI, conçues pour répondre aussi aux besoins de la Marine nationale française (cinq unités prévues), incarnent un pilier de la nouvelle génération de frégates européennes. La HS Formion, troisième FDI destinée à la marine grecque, a solennellement été mise à l’eau le 28 mai 2025 à Lorient. De son côté, l'Arabie Saoudite s'est elle aussi dite intéressée par l'acquisition de FDI ainsi que de SSK Scorpène. 

Le 30 septembre 2024, les Pays-Bas ont attribué à Naval Group un contrat de 5,6 milliards d’euros pour la construction de quatre sous-marins de type Barracuda dérivés, baptisés classe Orka, en remplacement de la vieillissante classe Walrus. Conçus à partir des SNA français de classe Suffren mais en version diesel-électrique, ces bâtiments de 3 300 tonnes, longs de 82 mètres, disposent de six tubes de 533 mm capables de lancer torpilles lourdes et missiles de croisière, avec une autonomie de 15 000 milles nautiques. Les deux premières unités seront livrées en 2034, les suivantes en 2039. Ce choix, préférant l’offre française à celles de TKMS et du duo Damen–Saab, s’inscrit dans un partenariat industriel stratégique de vingt ans visant à ancrer durablement la souveraineté technologique néerlandaise dans le domaine sous-marin. La France, quant à elle, poursuit le déploiement de ses propres Suffren, pierre angulaire du programme Barracuda.

Avant de clore cet liste non-exhaustive du matériel militaire naval français vendu dans le monde, évoquons les contrats passés entre Naval Group et Singapour pour la construction de six frégates Formidable à partir de 2002 et modernisées en 2023 ainsi qu'entre Naval Group et les Philippines en 2021 pour l’acquisition par manille d'un système anti-torpilles CANTO et CONTRALTO.



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