D’après l’ONU (Organisation des Nations Unies), le changement climatique désigne « les variations à long terme de la température et des modèles météorologiques.
Il peut s’agir de variations naturelles, dues par exemple à celles du cycle solaire ou à des éruptions volcaniques massives. Cependant, depuis les années 1800, les activités humaines constituent la cause principale des changements climatiques, essentiellement en raison de la combustion de combustibles fossiles comme le charbon, le pétrole et le gaz »[1].Ce syntagme est aujourd'hui au cœur de vifs débats à tous les niveaux de nos sociétés. Bien que les États européens incitent les citoyens à une consommation plus raisonnée et éco-responsable, l'opinion publique a souvent le sentiment de ne pouvoir agir directement contre les changements climatiques qu’elle engendre.
Il est donc essentiel d'examiner l'ensemble des chaînes de responsabilités. En effet, l'influence sur le changement climatique résulte nécessairement de l'action combinée de multiples acteurs : du secteur privé aux gouvernements en passant par les citoyens.
C'est pourquoi nous devons aborder le changement climatique sous l'angle d'une responsabilité collective.
I. L’individu et sa consommation
Le tout premier élément à considérer dans l’équation
du changement climatique est bien évidemment l’individu car il joue un rôle
central dans ce calcul à travers ses habitudes de consommation.
Physiologiquement, l'être humain n'a pas un besoin vital de la majorité des produits qu'il consomme. Pourtant, cette consommation excessive est fréquemment stimulée par la publicité des influences sur les réseaux sociaux et les tendances, qui sont elles-mêmes alimentées par des facteurs psychologiques tels que la sensibilisation et la culpabilité.
Pour illustrer cela, Sylvestre Huet dans Le GIEC urgence climat : Le rapport incontestable expliqué à tous[2], souligne que le potentiel de réduction des émissions est particulièrement élevé dans les pays développés. En effet, les individus appartenant à des catégories socio-économiques élevées contribuent de manière disproportionnée aux émissions, et ont donc le plus grand potentiel pour les réduire. Parmi les actions possibles pour diminuer cet impact, nous retrouvons :
- L'alimentation : les consommateurs peuvent privilégier des
produits locaux et de saison ou encore réduire le gaspillage alimentaire ;
- Le choix du transport : les
individus peuvent opter la marche ou encore le vélo.Cependant, bien que cette
prise de conscience individuelle soit nécessaire, elle demeure insuffisante
sans un cadre politique fort.
Pour être efficace, l'action doit être amplifiée par des politiques publiques ambitieuses et contraignantes, applicables à tous les niveaux et pour tous les citoyens, y compris ceux qui semblent, dans l'imaginaire collectif, échapper à leurs responsabilités.
II. L’impératif de régulation étatique
En tant que représentant de l'intérêt général, l'État a la responsabilité fondamentale d'orienter et de réguler les comportements de ces citoyens par des lois, des taxes, des interdictions et des normes environnementales strictes applicables aux individus comme aux entreprises. En détachant « l’action politique de toute considération morale ou religieuse »[3], il doit également endosser un rôle pivot d'information et de sensibilisation. Au-delà de son rôle préventif, l'État est juridiquement responsable de ses manquements.
Par son jugement du 14 octobre 2021, le tribunal administratif de Paris a condamné l'État français pour carence fautive dans la lutte contre le changement climatique[4]. Constatant le dépassement du plafond d'émissions de GES (gaz à effet de serre) pour la période 2015-2018, le tribunal « a enjoint à l'État de réparer le préjudice écologique causé ». Il a ordonné au gouvernement de prendre « toutes les mesures sectorielles utiles » pour compenser le dépassement résiduel de 15 millions de tonnes de CO2, actant ainsi que l'inaction de l'État engage sa responsabilité et doit être matériellement réparée.
La responsabilité des États dépasse également le cadre national. Comme le souligne un avis consultatif évoquant le rôle de la Cour Internationale de Justice (CIJ), les États dont la « culpabilité a été prouvée » ont une obligation de « rendre des comptes et procéder à des réparations aux États lésés », souvent les plus vulnérables[5]. Si les avis de la CIJ n'ont pas de force exécutoire directe, ils revêtent une autorité morale et juridique considérable.
Ainsi, lutter efficacement contre le changement climatique nécessite une alliance stratégique entre tous les acteurs : une consommation plus responsable relève de l’engagement individuel, tandis que l’État doit imposer un cadre réglementaire strict pour encadrer les impacts environnementaux. Le secteur privé, quant à lui, a un rôle crucial à jouer en investissant massivement dans des modèles de production durables et innovants.
III. La responsabilité partagée du secteur privé
Le secteur privé, motivé par la recherche de profit, pourrait se tourner de plus en plus vers des projets tout autant écologiques que rentables comme le recyclage des batteries, le tri des déchets ou le financement de transports verts. Ces initiatives, qui contribuent à la réduction des émissions de GES, pourraient également devenir des leviers économiques attractifs dans un contexte de prise de conscience environnementale collective.
Cependant, attribuer la responsabilité de la crise climatique à certains pays ou au secteur privé relève d'une équation complexe, où les frontières de la culpabilité sont souvent floues et interconnectées.
En effet, bien que la Chine soit le premier émetteur de CO2 au monde, elle ne devrait pas être la seule à porter la responsabilité de cette situation. Un élément important à considérer est que ce pays abrite un grand nombre d’entreprises étrangères, notamment européennes. A titre d’exemple, en 2024, l'Allemagne comptait plus de 5 000 entreprises délocalisées en Chine[6], tandis que la France en comptait environ 2 100, employant près de 310 000 personnes dans le pays[7].
En 2024, la Chine a donc continué d'attirer un nombre croissant d'entreprises internationales, consolidant ainsi sa position de destination privilégiée pour les investissements étrangers. Le pays a enregistré sur son territoire, 59 080 nouvelles entreprises étrangères reflétant une augmentation de 9,9 % par rapport à 2023. La Chine reste également un acteur majeur des échanges commerciaux mondiaux, en particulier avec l’UE, avec laquelle elle a enregistré un déficit commercial de 304,5 milliards d'euros en 2024[8].
Cette dynamique soulève des interrogations : dans quelle
mesure la Chine doit-elle endosser une part importante de la responsabilité des
émissions de CO2, étant donné qu'elle accueille un grand nombre d'entreprises
étrangères, issues du secteur privé, et que sa production est largement
orientée vers un marché international ?
Ces questions sont également soulevées par François Gemenne
dans son ouvrage Géopolitique du climat : les relations internationales
dans un monde en surchauffe, qui se demande, par exemple, si les émissions
générées par un passager américain empruntant un avion d’Air France pour un vol
entre Amsterdam et Pékin doivent être attribuées aux États-Unis, à la France,
aux Pays-Bas ou à la Chine[9] ?
Cela montre à quel point la répartition des responsabilités face au changement climatique peut devenir floue lorsque les émissions sont générées par des activités commerciales internationales. Pour la Chine, il est indéniable que, compte tenu de sa production de richesse et de la présence de nombreuses entreprises étrangères sur son sol, elle pourrait également investir davantage dans des recherches écologiques et dans une production beaucoup plus durable.
Ces différentes approches illustrent donc l’importance de reconsidérer les responsabilités individuelles et collectives dans la préservation de l’environnement. Elles démontrent que les actions ne peuvent être initiées par un seul acteur ambitieux, mais qu’elles doivent faire preuves d’une synergie d’acteurs éco-responsables.
[1] NATIONS UNIES. « Qu’est-ce que les
changements climatiques ? » Nations Unies. [en ligne]. Disponible
sur : https://www.un.org/fr/climatechange/what-is-climate-change (consulté le 2 septembre 2025).
[2] HUET, Sylvestre et JOUZEL, Jean
(préf.). Le GIEC urgence climat : Le rapport incontestable expliqué à tous. 5
janvier 2023.p.178.
[3] VIE PUBLIQUE. « Qu’est-ce que
l’État ? » vie-publique.fr. 1 juillet 2020. [en ligne]. Disponible
sur : https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/270243-quest-ce-que-letat (consulté le 2 septembre
2025).
[4] TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE PARIS. «
L’affaire du siècle : l’Etat devra réparer le préjudice écologique dont il est
responsable ». paris.tribunal-administratif.fr. 14 octobre 2021.
[en ligne]. Disponible sur : https://paris.tribunal-administratif.fr/decisions-de-justice/dernieres-decisions/l-affaire-du-siecle-l-etat-devra-reparer-le-prejudice-ecologique-dont-il-est-responsable (consulté le 2 septembre
2025).
[5] LA COUR INTERNATIONALE DE JUSTICE.
« La Cour Internationale de Justice engage la responsabilité des Etats
vis-à-vis du climat ». Institut Supérieur Environnement. [en
ligne]. Disponible sur : https://institut-superieur-environnement.com/blog/la-cour-internationale-de-justice-engage-la-responsabilite-des-etats-vis-a-vis-du-climat (consulté le 18 mai 2025).
[6] LE
MONDE. « Olaf Scholz en Chine : les dangers du chacun pour
soi. » Le Monde. 16 avril 2024 . [en ligne]. Disponible sur : < https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/04/16/olaf-scholz-en-chine-les-dangers-du-chacun-pour-soi_6228137_3232 > (consulté le 18 mai 2025).
[7] CHAMBRE DE COMMERCE ET D’INDUSTRIE
FRANCE INTERNATIONAL. Les entreprises françaises en Chine : enquête de climat
des affaires au troisième trimestre. Publiée le 19 février 2024. [en ligne].
Disponible sur : < https://www.ccifrance-international.org/le-kiosque/n/les-entreprises-francaises-en-chine-enquete-de-climat-des-affaires-au-troisieme-trimestre.html > (consulté le 18 mai 2025).
[8] TRINDADE PEREIRA Ines. « À
combien s'élèvent les échanges commerciaux annuels entre la Chine et
l'UE ? ». Euronews. 13 mars 2025. [en ligne]. Disponible
sur : < https://fr.euronews.com/my-europe/2025/03/13/a-combien-selevent-les-echanges-commerciaux-annuels-entre-la-chine-et-lue > (consulté le 18 mai 2025).
[9] GEMENNE, François. Géopolitique du
climat : les relations internationales dans un monde en surchauffe. Paris :
Armand Colin, 2021. p.164.
Quel bel article très intéréssant. Bravo à l'auteur.
RépondreSupprimerBravo ☺️
RépondreSupprimerJuste BRAVO !
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