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La Crimée, entre mémoire impériale et enjeux géopolitiques : les racines historiques de l’annexion de 2014

La prise de la Crimée, son occupation puis son intégration à la fédération de Russie en 2014 sont les premiers actes de la guerre du Donbass et, ultérieurement, de la guerre d’Ukraine.

En ce sens, la prise de la Crimée pourrait être décrite comme l’étincelle qui mit le feu aux poudres du Donbass. Conséquences directes de la Guerre froide et du démantèlement de l’Empire soviétique, ces deux événements ont précipité la Russie et l’Ukraine vers le conflit armé. 


Étudiant en Master de Géopolitique et Sécurité Internationale, à l’Institut Catholique de Paris. Passionné par les questions militaires et les enjeux de défense de sécurité d’aujourd’hui comme de demain. Mes sujets d’études m’ont amené à étudier divers aspects des relations internationales tel que la crise nucléaire coréenne ou la guerre civile du Sri Lanka. Mon principal domaine d’étude reste sur la zone européenne et ses dynamiques de sécurité, ainsi j’ai rédigé, en 2024, un mémoire portant sur les origines et causes de la guerre en Ukraine.
— L'auteur : Nicolas Delépine

1) L'annexion de la Crimée

A. Histoire et statut de la Crimée avant 2014

La Crimée, au carrefour des civilisations, occupe depuis l’Antiquité une place stratégique et symbolique majeure dans l’histoire de l’Europe orientale. Successivement grecque, mongole, tatare et ottomane, elle devient russe en 1783 sous le règne de Catherine II, après la défaite de l’Empire ottoman. Cette annexion s’accompagne d’une russification progressive et de la marginalisation des Tatars, anciens habitants de la péninsule. La Crimée acquiert une importance militaire et économique capitale grâce à son accès aux mers chaudes, renforçant l’intérêt de la Russie pour ce territoire. Après de nombreux bouleversements — guerres, famines et occupations —, elle est intégrée à la République soviétique de Russie en 1921. La Seconde Guerre mondiale marque un nouveau traumatisme avec l’occupation nazie puis la déportation massive des Tatars accusés de collaboration.

Tatars de Crimée déportés en 1944 pendant le Sürgünlik. 

Le 30 juin 1945, la RSS autonome est abolie pour devenir l’Oblast de Crimée, unité administrative de type régional, administrée par la Russie. Nikita Khrouchtchev, premier secrétaire de l’URSS, met fin à ce statut dès le 19 février 1954. En effet, dans le cadre du tricentenaire du traité de Pereïaslav et pour célébrer l'amitié des peuples russe et ukrainien, il offre cet Oblast à l’Ukraine. Dans une politique de reconstruction et de repopulation de nombreux Russophones, Russes et Ukrainiens, s’y implantent, tandis qu’en 1967 les Tatars de Crimée, sont réhabilités par Khrouchtchev avec la déstalinisation peuvent s’y réinstaller. La Crimée, en 1945, était ruinée par la guerre et dépendait exclusivement de la Russie pour son approvisionnement en eau, électricité, main-d’œuvre, transports et flux logistiques. Le rattachement, sous couvert idéologique de l’union russo-ukrainienne, facilitait la gestion économique et administrative de la péninsule. 

Avant même l’effondrement de l’URSS et avec le référendum du 1er décembre 1991 les Ukrainiens se prononcent en faveur de l'indépendance et ce de façon majoritaire dans chacune des régions. Si la Crimée ne fait pas exception et se prononce également pour l'indépendance, son choix se révèle beaucoup plus mitigé ; presque la moitié des votants se disent opposés au rattachement au nouvel État ukrainien. Le succès relatif du « oui », qui ne s'élève qu'à 54,2%, s'explique par la crainte des populations russophones de subir une « ukrainisation » forcée.  Émerge alors un ressentiment à l’encontre de ce choix et commencent à se faire entendre des volontés sécessionnistes pro-Russie. Aussi, dans l'espoir d'apaiser le mécontentement populaire, la constitution ukrainienne adoptée en 1996 accorde-t-elle un statut d’autonomie à la Crimée, traduit par des institutions et lois propres, dont notamment le Parlement, Verkhovna Rada ou Rada de Crimée. La Russie reconnaît officiellement le rattachement de la Crimée en 1997, et le 23 octobre 1998, elle se pose avec l’Ukraine en garants de la nouvelle Constitution de Crimée. 

B. La crise de 2013-2014 et l’intervention russe

Alors que les élections s’enchaînent en Crimée, le soutien à la Russie et les volontés de s’y affilier se font de plus en plus fort en raison de la prépondérance démographique russe. En 2013, les Russes ethniques de Crimée représentent 65% de la population, les Ukrainiens 15% et les Tatars 12%. À mesure que l’Ukraine se tourne vers l’Union européenne et que s'intensifient les craintes de voir la Crimée coupée de la Russie et de perdre son autonomie vis-à-vis de l’Ukraine, le sentiment identitaire et le désir d’appartenance à la Russie s’amplifient. La Révolution orange et la crise économique de 2008 aiguisent ce ressentiment. 

En novembre 2013, la révolution de l’Euromaïdan est l’étincelle qui embrase la Crimée, le Donbass puis l’ensemble de l’Ukraine. Lorsque Ianoukovitch, président ukrainien de 2010 à 2014 et pro-russe, est chassé du pouvoir en février 2014, la Russie perd son principal pion politique et se retrouve acculée. Son influence s’atténue d’année en année, elle ne parvient pas à convaincre, ne séduit pas autant que l’UE et ses promesses économiques et démocratiques, ne rassurent pas autant que l’OTAN et les garanties de sécurité qu’offrent les États-Unis. Incapable d’empêcher l’Ukraine de se soustraire à son influence, la Russie se retrouve dos au mur et sans autre choix que d’agir. La diplomatie et les pressions économiques et politiques ayant fait leur temps sans apporter les résultats escomptés, ne reste, aux yeux de la Russie, que la force. Le 20 février 2014, les installations et infrastructures militaires de Crimée sont renforcées par l’envoi de nombreux éléments des forces russes, y compris des bataillons spécialisés et des forces spéciales.  Au total, ce sont plusieurs milliers de soldats Russes qui sont mobilisés en vue d’une opération militaire visant la conquête de la Crimée, sa pacification et son rattachement politique. Toutefois pour éviter d’être accusée d’une intervention militaire directe et d’une tentative d’invasion d’un pays souverain, la Russie cherche à brouiller les cartes et maquiller l’action de ses soldats.

La Russie, affaiblie par la perte de son influence en Ukraine, cherche à empêcher celle-ci de rejoindre durablement le camp occidental. Craignant une adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, perçue comme une menace directe, Moscou a annexé la Crimée afin de préserver un atout stratégique en mer Noire et de dissuader Kiev de se rapprocher de l’Occident — une stratégie qui a paradoxalement renforcé la volonté ukrainienne d’intégrer l’Alliance atlantique.

Le 26 février, alors que des milliers de manifestants pro-Russie et pro-Ukraine s’affrontent autour d’un potentiel référendum sur l’autonomie de la Crimée, l’armée russe se déploie, et opère même en réalité un double déploiement : d'une part en Crimée, mais aussi tout le long de la frontière russo-ukrainienne. Le 27 la Russie engage à la frontière d’importantes manœuvres militaires dans le but officiel de vérifier ses capacités d’action ; toutefois ces dernières sont testées dans le cadre d’une éventuelle intervention militaire immédiate. Au même moment, des soldats disposant d’uniformes, d’équipements et d’armements russes, mais dénués d'insignes, se lancent à l’assaut des bases militaires de Crimée, des aéroports, du Parlement et des infrastructures stratégiques. Ces soldats, surnommés ironiquement les « petits hommes verts » en Ukraine et les « gens polis » en Russie, se mêlent aux différentes milices et groupes prorusses qu’ils prennent soin d'armer et d'encadrer.

Le Parlement est saisi et investi par ces soldats et groupes armés, le drapeau russe est hissé, les journalistes sont interdits d’accès et les téléphones du personnel parlementaire confisqués. Les membres des partis politiques prorusses votent alors successivement la défiance de la Crimée envers le gouvernement ukrainien, puis l’indépendance de la Crimée. Ces mêmes députés éliront ensuite comme premier ministre Sergueï Axionov, leader du parti « Unité Russe », favorable au rattachement de la Crimée à la Russie.  Ledit parti jusqu’alors minoritaire avec 3 députés sur les 100 sièges disponibles au Parlement prend le pouvoir et fait adopter des mesures tendant à favoriser et légitimer un soutien ouvert de la Russie. Ainsi une demande de garantie sécuritaire et financière est d'abord adressée à cette dernière, suivie de la promesse de la tenue d’un référendum sur l’adhésion de la Crimée à la Russie. 

En Ukraine, cette annonce fait l’effet d’une bombe politique et médiatique dénonçant une occupation militaire et une annexion armée. Dans un premier temps les forces ukrainiennes présentes sur place reçoivent l’ordre de riposter et de repousser l’invasion russe, mais dépassées en nombre et encerclées par des forces mieux préparées, laissées sans ordre hiérarchique précis et en l'absence de volonté politique de lutter ouvertement contre la Russie, elles y renoncent. Faute de moyens, l’Ukraine s'en remet à la diplomatie et aux accords internationaux en vigueur. 

Elle recourt ainsi aux engagements lors de la signature des mémorandums de Budapest, signé le 5 décembre 1994, sans toutefois obtenir de véritables résultats. 

Les accords de Budapest sont trois documents signés par la Biélorussie, l’Ukraine et le Kazakhstan assurant leur sécurité et leur intégrité territoriale en échange de la rétrocession de leurs arsenaux nucléaires hérités à la suite de l’effondrement de l’URSS. Le respect de ces accords est garanti par les États-Unis, la Russie et le Royaume-Uni, également signataire de ce traité. 

La signature des mémorandums de Budapest, le 14 janvier 1994, entre le président russe Boris Eltsine, le président des États-Unis Bill Clinton et le président ukrainien Leonid Kravtchouk.

Si les opinions internationales, occidentales et européennes s’accordent sur l’illégalité de cette invasion, aucun des signataires des mémorandums de Budapest n'envisage d'entrer en guerre pour l’Ukraine. Tout au plus les États-Unis et le Royaume-Uni acceptent de mettre en place des sanctions économiques à l’encontre de la Russie, sans disposer toutefois d’aucun moyen contraignant face à une puissance dotée de plus de 4 600 têtes nucléaires. L’UE s’aligne sur ces positions en instaurant aussi ses premières sanctions à l’égard de la Russie, mais ne parvient pas plus à infléchir la position russe. Les Nations-Unies adoptent une résolution d’urgence afin de débattre de la situation en Crimée et d'éventuelles mesures y afférentes.

La Russie, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, empêche la prise de décision internationale sur ce sujet. L’ONU parvient néanmoins à reconnaître la violation de l’intégrité territoriale de l'Ukraine et lui apporte son soutien, sans autre résultat tangible. L’annexion de la Crimée intervient officiellement au cours du mois de mars 2014 à la suite de menaces militaires et de pressions politiques. Les députés de Crimée, sous la pression des groupes armées prorusses et des soldats Russes, votent à l’unanimité une motion en faveur de son rattachement à la Russie et de son annexion par celle-ci. Le principe d'un référendum en date du 16 mars 2014 est approuvé, qui doit justifier l’invasion russe et légitimer au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’annexion d’un territoire souverain. Le 11 mars les députés de Crimée, forcés par les services de renseignement russes, déclarent l’indépendance de l’ensemble des territoires de Crimée et leur vocation à être rattachés à la Russie.

Le Parlement russe justifie l’annexion de la Crimée en se réclamant de la déclaration d’indépendance du Kosovo de 2008, bien que les contextes soient profondément différents. Contrairement au Kosovo, la Crimée n’a subi ni crimes de guerre ni épuration ethnique, et son annexion s’effectue au profit d’une puissance étrangère. Le référendum du 16 mars 2014, organisé sous forte influence russe, offre un choix biaisé et se déroule dans des conditions contestables, sans garantie du secret du vote. Le « oui » au rattachement à la Russie l’emporte avec 96,77 % des suffrages. Dès lors, la Crimée est rapidement intégrée à la Fédération de Russie : le rouble remplace la monnaie ukrainienne, les institutions locales sont réorganisées et l’armée russe confirme sa présence. Derrière le discours officiel de protection des populations russophones, cette annexion répond aussi à un objectif stratégique majeur : le contrôle de la base navale de Sébastopol.



Carte - Dossier Ukraine : L'Invasion de la Crimée en 2014 | lhistoire.fr
Carte de l'invasion et de l'annexion russe de la Crimée en 2014 (L'Histoire).

2) Le port de Sébastopol, principal objectif russe

A. Importance stratégique et historique du port

La conquête de la Crimée représente pour la Russie une occasion unique de récupérer les ressources naturelles du territoire, d’étendre ses frontières au détriment de l’Ukraine et de rassembler les populations russophones, mais surtout de reprendre le contrôle du port de Sébastopol. Cette base navale, centre de commandement de la flotte de la mer Noire, constitue l’un des éléments les plus stratégiques pour la puissance russe. L’importance de Sébastopol tient à la fois à sa position géographique et à la situation politique de la Russie, vaste territoire situé entre l’Europe et l’Asie, difficile à relier au reste du monde en raison de son climat extrême et de l’immensité de son espace. Ses ports sont souvent gelés une grande partie de l’année, rendant l’accès maritime complexe. Dans ce contexte, la possession de ports donnant sur les mers chaudes, comme celui de Sébastopol en mer Noire, est vitale pour l’économie et la stratégie militaire russes.

Historiquement, la Crimée est conquise par la Russie dès 1696 avec la prise d’Azov, mais c’est en 1783 que la ville et le port de Sébastopol sont véritablement fondés. Ce port devient, aux côtés de Saint-Pétersbourg, l’un des rares points d’ouverture maritime vers le monde occidental. Son importance stratégique en fait une cible majeure lors des grands conflits : conquise pendant la guerre de Crimée en 1854, occupée par les armées blanches en 1917, détruite par les forces de l’Axe puis reconstruite par l’URSS en 1944. Progressivement, Sébastopol s’intègre au cœur du projet national russe. L’installation durable de marins et de militaires transforme la composition démographique de la région, où la population russe devient majoritaire, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance à la Russie. La base militaire de Sébastopol devient par la suite le centre de commandement de la flotte soviétique puis russe de la mer Noire.

Après la fin de la Guerre froide, la question du partage de la flotte soviétique donne lieu à deux accords principaux. Le premier, le traité de partition de 1997, répartit la flotte entre la Russie, qui obtient 82 % des navires, et l’Ukraine, qui en reçoit 18 %. En contrepartie, Moscou verse 526 millions de dollars à Kiev et loue les installations navales de Crimée pour vingt ans, avec un loyer annuel de 97 millions de dollars déduit des factures de gaz. Cet accord impose à la Russie de traiter d’égal à égal avec l’Ukraine et de respecter sa souveraineté, obligation ressentie comme humiliante par Moscou. Le second accord, signé à Kharkiv en 2010, prolonge la location des infrastructures de Sébastopol de vingt-cinq ans supplémentaires en échange d’une baisse du prix du gaz. Ces deux traités, conclus par les présidents prorusses Ianoukovytch et Medvedev, sont annulés unilatéralement par la Russie après l’annexion de 2014.

B. La prise de Sébastopol et ses conséquences

L’invasion de la Crimée, menée entre février et mars 2014, s’explique en grande partie par la volonté russe de s’emparer définitivement de la base de Sébastopol. Les ports russes de Rostov-sur-le-Don et de Novorossiïsk ne disposant pas des mêmes atouts stratégiques, Sébastopol reste indispensable pour le déploiement des forces russes et le contrôle de la mer Noire. Durant l’opération, la base sert de centre de commandement et de point de ralliement pour les troupes russes. Les forces ukrainiennes, encerclées et dépassées, sont neutralisées sans affrontements majeurs ; la majorité se rend ou fait défection. Une partie du personnel, dont le contre-amiral Denis Berezovski, rejoint les forces russes. L’armée russe s’empare alors des infrastructures, des navires, des véhicules, de l’artillerie et de l’aviation ukrainienne. Après la victoire, un corridor est mis en place pour permettre le retrait des soldats ukrainiens tandis que la Russie en profite pour renforcer ses positions militaires et installer ses défenses.

Une fois la Crimée annexée, Sébastopol devient officiellement le quartier général des forces russes dans la région. Ce contrôle permet à la Russie de mener ses opérations extérieures sans dépendre de l’Ukraine ni verser de loyers. La flotte de la mer Noire participe ensuite à plusieurs interventions, notamment en Syrie, sous prétexte de lutte contre le terrorisme mais aussi pour soutenir le régime de Bachar el-Assad. Sébastopol redevient ainsi un pilier central de la puissance militaire russe, garantissant à Moscou un accès durable aux mers chaudes, une position dominante sur la mer Noire et un outil stratégique décisif dans ses interventions, notamment dans le conflit du Donbass qui suivra.

Cartes géopolitiques et stratégiques de Sébastopol, Crimée
Le port militaire de Sébastopol en 2010 (Cassini).


Sources :


GALEOTTI Mark, Les guerres de Poutine, de la Tchétchénie à l’Ukraine, [1ère éd.2022], Paris, éditions de Grenelle, 2023, 383 pages. 


PLOKHY Serhii, La guerre russo-ukrainienne, Paris, éditions Gallimard, coll. « La Suite des temps », 2023, 363 pages. 


BEYER Cyrille, « Pourquoi la Russie a annexé la Crimée en 2014 », Institut National de l’Audiovisuel [en ligne], 22 mars 2022, disponible à l’adresse : https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/russie-crimee-ukraine-poutine-guerre


« Les six dates-clés qui ont fait basculer la Crimée vers la Russie », France Info [en ligne], 18 mars 2014, disponible à l’adresse : 

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/le-kremlin-annonce-le-rattachement-de-la-crimee-a-la-russie-a-compter-d-aujourd-hui_555291.html 


RICARD Philippe et SMOLAR Piotr, « La Crimée, la région annexée par la Russie qui embarrasse les alliés occidentaux de l’Ukraine », Le Monde [en ligne], 11 octobre 2022, disponible à l’adresse : https://www.lemonde.fr/international/article/2022/10/11/guerre-en-ukraine-la-crimee-l-annexion-russe-qui-embarrasse-les-occidentaux_6145335_3210.html


« Ukraine : un rêve de Crimée », ARTE [en ligne], 26 février 2024, disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=rIn51Y7mYoI. [Consulté le 12 juin 2024]. 




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