Bien que la mer Caspienne semble enclavée et isolée, « mer loin des mers », son importance repose sur ses ressources et sa position stratégique. Riche en hydrocarbures, elle se situe à la croisée de grands empires et sur des routes commerciales reliant l’Asie à l’Europe.
Par ailleurs, Moscou utilise la Caspienne comme vitrine de sa puissance militaire, l’ayant notamment employée comme plateforme de lancement de missiles de croisière durant la guerre civile syrienne, confirmant sa mainmise sur la région. Cependant, depuis la guerre en Ukraine et les tentatives de certains pays d’Asie centrale pour prendre leurs distances avec Moscou, la mer Caspienne acquiert une importance croissante. L’Europe, en quête constante de gaz, notamment depuis 2022, y voit une alternative stratégique. La mer Caspienne s’affirme ainsi comme un véritable carrefour entre grandes puissances, à la fois zone de transit et d’exploitation.[1]
Plus vaste que l’Allemagne, la mer Caspienne couvre 371 000 km² et représente le plus grand réservoir d’eau enclavé au monde. Elle est essentiellement alimentée par la Volga, qui contribue à hauteur de 80 % à son bassin, situé à 28 mètres en dessous du niveau de l’océan mondial. La mer s’étire en un long « S » de 1 000 km du nord au sud et de 300 km de largeur, vestige de l’ancienne mer Paratéthys, qui, il y a 25 millions d’années, recouvrait une vaste région allant de l’Asie centrale à la Suisse. Il y a 5,5 millions d’années, une baisse générale du niveau des eaux entraîna la formation de trois bassins fermés, situation qui perdura jusqu’à l’ouverture des détroits des Dardanelles et du Bosphore il y a 10 000 ans. Les eaux de la Caspienne, très peu salées, ne s’écoulent pas : aucun fleuve n’en sort, et seule l’évaporation assure la régulation de son niveau. On parle de mer endoréique.[2]
1. Un lac russe
La mer Caspienne est encadrée par la Russie au nord, le Kazakhstan et le Turkménistan à l’est, l’Iran au sud et l’Azerbaïdjan à l’ouest, un voisinage pour le moins complexe. Cependant, durant la période soviétique, elle n’était bordée que par l’URSS, qui contrôlait alors 85 % des littoraux, et par l’Iran. Moscou exerçait ainsi une domination totale sur ce qui était alors un « lac irano-soviétique ». En 1991, avec l’effondrement de l’URSS, trois nouveaux États émergent : le Kazakhstan, le Turkménistan et l’Azerbaïdjan. La mer Caspienne est dès lors gouvernée conjointement par cinq pays. Toutefois, la similitude des régimes politiques et des intérêts des États riverains contribue à maintenir un environnement relativement stable, contrastant avec la situation en mer Noire, où l’OTAN et les États de l’espace post-soviétique doivent coexister dans un contexte toujours plus conflictuel.
En dehors de Bakou (capitale de l’Azerbaïdjan) et d’Astrakhan (ville russe située à l’embouchure de la Volga), les littoraux de la Caspienne ne comptent pas de grandes agglomérations comparables à celles de la mer Noire. Cette dernière, via le Bosphore et les Dardanelles, constitue un passage vers la Méditerranée : la Caspienne, quant à elle, n’a aucun débouché maritime sur un océan. Sa façade orientale, en particulier, est dominée par un vaste désert, peu propice à une urbanisation de masse. De surcroît, les États côtiers de la Caspienne sont pour la plupart récents ; jusqu’en 1991, la population dépendait largement des grandes agglomérations russes auxquelles elle était rattachée. Tant pour Téhéran que pour Moscou, la Caspienne demeure davantage une périphérie lointaine. Enfin, les quelques villes importantes sur les littoraux — notamment au Kazakhstan — sont essentiellement industrielles.
La mer Caspienne se distingue également par la richesse de sa faune halieutique. Ses eaux abritent notamment la plus importante population d’esturgeons bélugas, dont les œufs, particulièrement prisés, sont à l’origine du célèbre caviar. Ce dernier, produit emblématique de la région, peut atteindre sur le marché des prix avoisinants les 25 000 dollars le kilogramme.[3] Enfin, quelques sites balnéaires viennent compléter ce panorama des multiples ressources offertes par la mer Caspienne.[4]
| La pêche commerciale à l'esturgeon dans la Caspienne est interdite |
La mer Caspienne constitue également un carrefour stratégique pour de nombreuses infrastructures intercontinentales de transport énergétique. La ville de Bakou en représente un nœud essentiel, puisqu’elle est le point de départ de deux oléoducs majeurs. Le premier, l’oléoduc BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), relie la mer Caspienne à la côte méditerranéenne turque ; sa construction a été largement soutenue par les États-Unis[5]. Le second, l’oléoduc BTE (Bakou-Tbilissi-Erzurum), traverse également la Turquie et joue un rôle clé dans l’acheminement du gaz d’Asie centrale vers l’Europe. En tant que porte d’entrée de ce gaz sur le continent européen, la Turquie accorde une attention particulière aux dynamiques géopolitiques de la région caspienne. Afin de préserver cette position hautement stratégique, Ankara entretient des relations privilégiées avec les États riverains, notamment avec l’Azerbaïdjan, en s’appuyant entre autres sur la question arménienne, facteur de rapprochement entre les deux pays[6].
| La Caspienne, carrefour énergétique |
Depuis 2022, et plus encore depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, la mer Caspienne s’impose comme un point de départ majeur pour l’acheminement du gaz destiné à l’Europe[7]. Cependant, elle demeure une région secondaire sur le plan économique. Les infrastructures commerciales y sont peu développées, y compris pour les échanges intra-régionaux, et les deux véritables puissances de la zone – la Russie et l’Iran – n’utilisent que marginalement la Caspienne à des fins commerciales. La Chine pourrait modifier cet équilibre dans le cadre de son initiative des Nouvelles Routes de la soie. Cependant, cela nécessiterait des investissements financiers considérables ainsi qu’un effort soutenu de stabilisation politique de la région.
La Russie maintient une flotte — ou plus précisément une flottille — en mer Caspienne. Bien que cette dernière soit nettement plus modeste que les puissantes flottes russes de la mer Baltique ou de la mer du Nord, elle confère néanmoins à Moscou une supériorité maritime incontestable sur les autres États riverains. En l’absence de présence de l’OTAN dans la région, cette domination navale russe suffit à relativiser l’importance stratégique et militaire de la mer Caspienne sur la scène internationale.
| Mer Noire, attaque d'un drone ukrainien contre un navire russe dans la base navale russe de Novorossysk en 2023 |
La mer Caspienne, mer ou lac ? La question du statut juridique de la mer Caspienne revêt une importance majeure.
Si elle devait être considérée comme une mer internationale, la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) s’y appliquerait. Chaque État riverain pourrait alors revendiquer une zone de souveraineté et une zone économique exclusive (ZEE). Toutefois, la délimitation des zones centrales demeurerait ambiguë.
L’autre option consistait à qualifier la Caspienne de lac. Dans ce cas, aucun des États riverains n’aurait pu exercer de contrôle national sur les ressources sous-marines sans l’accord explicite de tous les autres. Une telle configuration aurait très probablement conduit à une succession de vetos et à une paralysie décisionnelle.
Or, la mer Caspienne constitue un espace unique, ne correspondant pleinement ni à la définition d’une mer ni à celle d’un lac. Elle nécessitait donc un régime juridique spécifique.
C’est dans ce contexte que, le 12 août 2018, les cinq pays riverains — la Russie, le Kazakhstan, le Turkménistan, l’Iran et l’Azerbaïdjan — se sont réunis afin d’adopter un cadre juridique clair, mettant fin au vide normatif qui prévalait depuis la disparition de l’URSS.
La Convention sur le statut juridique de la mer Caspienne, signée à Aqtau (Kazakhstan), établit notamment :
la répartition des fonds marins entre les États riverains, ouvrant la voie à la construction de gazoducs et oléoducs sous-marins, ainsi qu’à l’exploitation conjointe des ressources énergétiques ;
la liberté de construction d’infrastructures bilatérales, comme un pipeline entre le Turkménistan et l’Azerbaïdjan, sans nécessité d’obtenir l’accord des autres pays ;
l’interdiction du déploiement de forces navales ou civiles battant pavillon d’États non riverains, excluant de fait toute présence de l’OTAN dans la région.
La Russie a joué un rôle moteur dans la rédaction de cette convention, tirant parti de ses relations relativement amicales avec les quatre autres États riverains pour promouvoir un cadre juridique qui préserve ses intérêts stratégiques en mer Caspienne.
| Les cinq chefs d'Etats des pays riverains de la Caspienne lors de la Convention de 2018. |
Durant l’époque soviétique, Moscou exerçait un contrôle sur près de 85 % des côtes de la mer Caspienne. Le seul concurrent potentiel était alors l’Iran, avec lequel l’Union soviétique s’est sensiblement rapprochée après la révolution iranienne de 1979, les deux pays partageant la volonté de tenir à distance l’influence des États-Unis. Cependant, la dislocation de l’URSS et l’apparition de trois nouveaux États riverains ont profondément redéfini l’équilibre régional. Quelle place la Russie occupe-t-elle désormais dans ce nouvel ordre caspien ?
2. La suprématie russe dans l’espace caspien
Située au cœur du continent eurasiatique, la mer Caspienne occupe une position géostratégique majeure, à la croisée des puissances émergentes et régionales. Dans cet espace, la Russie continue d’exercer un rôle de puissance dominante, assumant en quelque sorte une fonction de police régionale.
Depuis une dizaine d’années, Moscou a entrepris de relocaliser sa flottille caspienne, historiquement basée à Astrakhan, vers Makhatchkala, au Daghestan. Cette décision repose avant tout sur des considérations logistiques et climatiques : les conditions hivernales à Astrakhan, marquées par le gel partiel des eaux, limitent en effet la disponibilité opérationnelle des bâtiments.
La puissance de la flottille de la Caspienne ne se mesure pas tant à la taille de sa flotte — une vingtaine de navires environ — qu’à la qualité de ses équipements et à la modernité de ses infrastructures navales. Malgré son effectif restreint, elle surpasse les marines des autres États riverains grâce à ses frégates armées de missiles de croisière Kalibr, conférant à Moscou une capacité de projection de puissance inégalée dans la région[8].
Cette supériorité a été illustrée lors de la guerre civile syrienne, lorsque la Russie a procédé, à plusieurs reprises, à des tirs de missiles de croisière depuis la mer Caspienne vers des cibles situées sur le territoire syrien. Si ces frappes avaient peu d’intérêt militaire concret — la Russie disposant de bases bien plus proches en mer Noire et sur le littoral syrien — elles constituaient avant tout une démonstration de force symbolique, destinée à réaffirmer la portée stratégique de la flotte caspienne et la puissance technologique de Moscou.
| Les tirs de missiles de croisière russes depuis la Caspienne contre la Syrie en 2015 |
Si la Russie domine sans conteste le domaine militaire en mer Caspienne, la compétition se révèle bien plus vive sur le plan énergétique. Le Turkménistan, doté de ressources gazières parmi les plus importantes au monde, défend depuis plusieurs années le projet de gazoduc transcaspien (Trans-Caspian Gas Pipeline), destiné à relier ses côtes à celles de l’Azerbaïdjan. Ce pipeline traverserait la mer Caspienne avant de rejoindre le Caucase et la Turquie, ouvrant ainsi une voie directe d’exportation vers l’Europe. Moscou voit ce projet d’un très mauvais œil, car il menacerait son monopole historique sur l’acheminement du gaz d’Asie centrale vers les marchés européens[9].
| Le port turkmène de Turkmenbasy, sur la rive occidentale |
Pour autant, la Russie ne néglige pas la mer Caspienne : elle y mène des activités d’extraction d’hydrocarbures et y réalise également des expérimentations technologiques dans le domaine de l’exploitation offshore. Les compagnies pétrolières russes y enregistrent des revenus croissants chaque année. Cependant, la région demeure une priorité secondaire par rapport aux zones arctiques et sibériennes, qui concentrent l’essentiel des investissements énergétiques stratégiques du pays. La mer Caspienne reste ainsi une marge périphérique du vaste ensemble énergétique russe.
De son côté, l’Iran cherche désespérément à développer l’exploitation de ses fonds marins caspiens. Toutefois, la profondeur importante de la partie méridionale de la mer rend l’extraction d’hydrocarbures beaucoup plus complexe sur le plan technique. En outre, Téhéran ne dispose pas des technologies offshore avancées nécessaires, et les séries d’embargos internationaux imposées au régime des mollahs l’empêchent d’en acquérir auprès des acteurs étrangers[10].
| La plateforme pétrolière iranienne de Sardar-e Jangal, située au sud de la mer Caspienne. |
Depuis 2010, la Russie exprime son ambition de renforcer ses échanges commerciaux avec l’Iran par la mise en place d’un corridor de transport terrestre Nord–Sud (International North–South Transport Corridor, ou INSTC)[11]. Le choix d’un axe terrestre s’explique par le coût élevé et la faible cohérence logistique qu’impliquerait la création d’infrastructures maritimes pour le transit sur la mer Caspienne.
Si la Russie et l’Azerbaïdjan — pays de transit incontournable pour cet itinéraire — disposent déjà de réseaux ferroviaires capables de soutenir le projet, l’Iran a longtemps accusé un retard important dans la modernisation de ses infrastructures. À cela s’ajoute une incompatibilité technique entre les réseaux ferroviaires russes et iraniens, les deux pays utilisant des écartements de voie différents, ce qui complique les interconnexions. Malgré ces obstacles, la branche occidentale du corridor a finalement pu être mise en service. Le projet comprend également une route orientale, traversant le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, inaugurée en 2013.
La Chine n’est pas en reste : elle s’impose désormais comme le principal investisseur dans les pays de la région. Pékin privilégie toutefois une approche économique plutôt que militaire — à quelques exceptions près, notamment au Tadjikistan — en finançant et soutenant de nombreux projets d’infrastructures ferroviaires et portuaires, en particulier au Kazakhstan et au Turkménistan. La Chine a également contribué de manière significative à la modernisation du port de Bakou ainsi qu’à la réhabilitation du réseau ferroviaire azerbaïdjanais, dans le cadre de son initiative des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative).
| Train de fret à conteneurs partant de Bakou vers Xi’an via le corridor transcaspien, le 24 novembre 2024, première exportation ferroviaire de l’Azerbaïdjan vers la Chine. |
3. Le rêve gazier
Pour des pays comme le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan, la mer Caspienne constitue à la fois une porte de sortie stratégique pour leurs ressources énergétiques et une assurance économique. De nombreux acteurs internationaux — de la Chine à l’Union européenne — coopèrent pour concrétiser le corridor transcaspien, axe commercial visant à relier l’Asie centrale à l’Europe en contournant la Russie.
Dans cette perspective, les deux États ont investi massivement dans le développement de ports multimodaux modernes sur leur littoral caspien. Le Kazakhstan, notamment, cherche à diversifier ses routes commerciales afin de réduire sa dépendance vis-à-vis de Moscou. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté plus large d’affirmation d’une indépendance économique et diplomatique.
Toutefois, ces pays maintiennent des relations pragmatiques et globalement cordiales avec la Russie. Entre 2005 et 2008, l’Azerbaïdjan a ainsi acquis près de cinq milliards de dollars d’équipements militaires auprès de Moscou, illustrant la persistance de liens sécuritaires étroits.
Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022 et la série de sanctions européennes imposées à la Russie, la position géopolitique de l’Azerbaïdjan s’est considérablement renforcée. Bakou apparaît désormais comme une alternative stratégique crédible pour l’acheminement des ressources énergétiques vers l’Europe.
La Chine, de son côté, s’intéresse de plus en plus à l’Azerbaïdjan. Alors qu’à la fin des années 1990, les deux pays n’étaient encore que de simples partenaires énergétiques, ils entretiennent aujourd’hui une coopération stratégique élargie. Pékin est devenu un investisseur majeur dans la région caspienne, notamment dans les infrastructures de transport et de logistique. Toutefois, les effets économiques concrets de ces investissements restent encore relativement limités à ce stade.
L’entente demeure globalement cordiale sur les rives de la mer Caspienne et aucun acteur régional ne semble prêt à s’opposer frontalement à Moscou, bien que certaines velléités souverainistes commencent à émerger. Le Kazakhstan, par exemple, continue d’exporter vers la Russie ses céréales et son pétrole, tout en reconnaissant le rôle central de Moscou dans la stabilisation de son régime, malgré des divergences politiques croissantes[12].
De manière générale, le Turkménistan, l’Iran et l’Azerbaïdjan n’ont aucun intérêt stratégique majeur à entrer en confrontation durable avec la Russie. Quant à l’Iran, il ne dispose ni de la volonté, ni de la capacité de rompre ses liens avec Moscou — une réciprocité renforcée depuis la reprise du conflit en Ukraine en 2022. Téhéran perçoit désormais la mer Caspienne comme une interface économique et géopolitique lui permettant de s’intégrer davantage au bloc eurasiatique, aux côtés de la Russie, de la Chine et des États d’Asie centrale.
Confrontée à une situation économique particulièrement critique, la République islamique valorise les rares partenariats qui lui restent. Dans ce contexte, la mer Caspienne constitue un nœud d'interdépendances où convergent les intérêts énergétiques, commerciaux et politiques. Les investissements occidentaux massifs réalisés dans les mégaprojets gaziers et pétroliers de la région témoignent de cet enjeu : ces acteurs étrangers privilégient désormais la stabilité du statu quo, seule garante de la rentabilité de leurs investissements[13].
La guerre en Ukraine a par ailleurs accentué la centralité stratégique de la mer Caspienne, désormais perçue comme un espace de contournement logistique et énergétique des routes russes traditionnelles.
Cependant, au-delà des enjeux géopolitiques et énergétiques, la dimension environnementale devient de plus en plus préoccupante. Les cinq États riverains de la mer Caspienne manifestent peu de souci pour les pollutions massives générées par leurs activités : surexploitation des ressources naturelles, rejets agricoles et industriels, métaux lourds, et même pollutions radioactives héritées des anciens sites d’essais nucléaires soviétiques. À cela s’ajoute un phénomène alarmant : la baisse continue du niveau de la mer Caspienne, qui a perdu environ 1,5 mètre entre 1995 et 2017, principalement en raison d’une évaporation accrue liée au réchauffement climatique[14].
La Russie demeure sans conteste la principale puissance maritime et stratégique de la région caspienne. Toutefois, de manière paradoxale, l’invasion de l’Ukraine et les aspirations d’autonomie croissantes des États d’Asie centrale à l’égard de Moscou ont contribué à rehausser l’importance géopolitique de la mer Caspienne dans l’équilibre eurasiatique.
Conclusion : centralité et enclavement
La mer Caspienne se révèle comme un microcosme des dynamiques géopolitiques eurasiatiques contemporaines. Loin d’être un simple lac périphérique, elle constitue aujourd’hui un carrefour stratégique où se croisent intérêts énergétiques, ambitions nationales et rivalités de puissance. Si la Russie conserve une prééminence militaire et diplomatique incontestable, la diversification progressive des partenariats régionaux — notamment sous l’impulsion de la Chine et de l’Union européenne — tend à redéfinir les équilibres historiques hérités de l’ère soviétique.
Dans ce jeu complexe d’interdépendances, la stabilité apparaît comme un bien précieux, recherché à la fois par les acteurs régionaux et par les investisseurs étrangers. Toutefois, cette stabilité demeure fragile, menacée autant par les tensions politiques que par les défis environnementaux qui affectent durablement cet écosystème unique.
Ainsi, la mer Caspienne, longtemps oubliée au cœur du continent, s’impose désormais comme un pivot stratégique de la recomposition énergétique et géopolitique de l’Eurasie.
SOURCES :
[1] Red Line, « Episode 29 Who Controls the Caspian Sea ? » The Redline Podcast [en ligne]. 20 septembre 2021. Disponible à l’adresse : https://www.theredlinepodcast.com/post/episode-29-caspian-sea
[2] AUBRY Emilie et TÉTARD Frank, Atlas des mers et des océans - Le Dessous des cartes, 2021, Paris, Tallandier.
[3] Y.SH, « Almas Caviar : All About the Most Expensive Caviar in the World » cyruscrafts [en ligne], 30 août 2022. Disponible à l’adresse : https://www.cyruscrafts.com/blog/persian-tasty/almas-caviar-all-about-the-most-expensive-caviar-in-the-world
[4] : CASPIANPOST, 2025. Azerbaijani President and First Lady Inspect Ongoing Projects at Sea Breeze Resort. Caspian Post [en ligne]. 18 avril 2025. Disponible à l’adresse : https://caspianpost.com/azerbaijan/azerbaijani-president-and-first-lady-inspect-ongoing-projects-at-sea-breeze
[5] : MORNINGSTAR, Richard, « The Baku-Tbilisi-Ceyhan Pipeline : a retrospective and look at the future », Central Asia-Caucasus Analyst [en ligne], 23 août 2006. Disponible à l’adresse : https://www.cacianalyst.org/publications/analytical-articles/item/11010-analytical
[6] : SPANCERSKA Aleksandra Maria, « Türkiye strengthens influence in South Caucasus after fall of Nagorno-Karabakh », The Polish Institute For International Affairs [en ligne], 23 octobre 2023. Disponible à l’adresse : https://www.pism.pl/publications/t%C3%BCrkiye-strengthens-influence-in-south-caucasus-after-fall-of-nagorno-karabakh
[7] : KARAGIANNI Marika, « The Caspian’s New Energy Role : Major Diversification Source for Europe ». Baku Dialogues Journal [en ligne], été 2025. Disponible à l’adresse : https://bakudialogues.idd.az/articles/the-caspians-new-energy-role-18-10-2022
[8] : FALCONBRIDGE Guy et KELLY Lidia, « La marine russe entame des exercices majeurs impliquant la majeure partie de sa flotte », Reuters, 30 juillet 2024. Disponible à l’adresse : https://www.reuters.com/world/europe/russian-navy-starts-drills-involving-20000-personnel-300-ships-2024-07-30
[9] : CASPİAN BARREL, « Russia opposed to unilateral actions on trans-Caspian gas pipeline », Caspian Barrel [en ligne], 10 juin 2015. Disponible à l’adresse : https://caspianbarrel.org/2015/06/russia-opposed-to-unilateral-actions-on-trans-caspian-gas-pipeline
[10] : EQBALI Aresu, « Iran renews oil drilling activities in Caspian Sea after 30-year halt », S&P Global [en ligne], 9 mai 2025. Disponible à l’adresse : https://www.spglobal.com/commodity-insights/en/news-research/latest-news/crude-oil/050925-iran-renews-oil-drilling-activities-in-caspian-sea-after-30-year-halt-minister
[11] : « Iran, Russia determined to implement INSTC », 2024. Tehran Times [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.tehrantimes.com/news/503776/Iran-Russia-determined-to-implement-INSTC
[12] : « Iran, Russia Stress Boosting Goods Transit Via Caspian Sea », 9 avril 2023. Tasnim News Agency [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.tasnimnews.com/en/news/2023/04/09/2877500/iran-russia-stress-boosting-goods-transit-via-caspian-sea
[13] : BAGIROVA Nailia, « BP boosts investment in Azerbaijan Caspian Sea projects », Reuters [en ligne], 3 juin 2025. Disponible à l’adresse : https://www.reuters.com/business/energy/bp-says-it-acquires-two-exploration-development-blocks-caspian-sea-2025-06-03/
[14] : « Coopération environnementale pour la mer Caspienne », 2024, UN Environment Programme [en ligne], Disponible à l’adresse : https://www.unep.org/regions/europe/our-projects/environmental-cooperation-caspian
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