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La mer Noire au cœur de la guerre navale dronisée

Au cœur d’un environnement maritime complexe et instable, la Mer Noire s’impose comme un véritable laboratoire des nouvelles dynamiques de la guerre navale, où drones et embarcations traditionnelles doivent composer avec des conditions extrêmes et des menaces persistantes.


L’image qui suit illustre un UAV en présence d’un sous-marin remonté à la surface. Avec les capacités techniques des nouveaux systèmes, ils sont parfois obligés d’atterrir sur des petites surfaces, ce qui requiert un haut niveau de précision technique ainsi qu’un pilote aguerri. Dans le théâtre opérationnel de la Mer Noire, la mer elle-même est le premier adversaire.
Embarcations traditionnelles et drones, qu'ils soient aériens, de surface ou sous-marins, y subissent une pression constante, partageant des contraintes environnementales et tactiques similaires. De la corrosion du sel aux mines dérivantes, cet environnement exigeant impose une adaptation permanente des technologies et des stratégies.

Les dangers présents en Mer Noire sont nombreux et omniprésents : les embarcations dronisées ou habitées qui naviguent dans ses eaux doivent être alertées à ses menaces et la conception des systèmes se doit d’être modelée aux contraintes de l’environnement. Premièrement, « l’évolution » en milieu naval est un défi en lui-même. Parmi les facteurs environnementaux auxquels sont confrontés les bâtiments, on peut citer : le courant qui cause la dérive des embarcations, l’eau salée qui endommage la coque des navires, le reflet du soleil qui provoque une surchauffe des engins, ou encore la difficulté à maintenir la linéarité des fréquences radio reliant l’équipage ou le pilote aux drones. Le chercheur de l’IFRI (Institut français des relations internationales), Péria Peigné affirme que les UAV doivent être « adaptés aux contraintes du vol en mer. Ces drones à l’étanchéité et à la résistance à la salinité accrues doivent […] être [capable de décoller et d’apponter] sur des plateformes navales mobiles soumises à la houle marine ».

L’image qui suit illustre un UAV en présence d’un sous-marin remonté à la surface. Avec les capacités techniques des nouveaux systèmes, ils sont parfois obligés d’atterrir sur des petites surfaces, ce qui requiert un haut niveau de précision technique ainsi qu’un pilote aguerri.

Appontage des drones maritimes sur les bâtiments

Sur l’eau, les USV sont victimes des mêmes contraintes physiques que les systèmes habités : un USV de petite taille peinera à naviguer sur une mer agitée, limitant son activité à la côte et aux littoraux. Pour remédier à ce défi, les projets futurs envisagent le déploiement de grands USV capables de mettre en œuvre de manière autonome d’autres drones aériens, de surface ou sous-marins, dans un environnement opérationnel optimisé. Par exemple, un grand USV lancé depuis un bâtiment de guerre pourrait s’approcher du littoral, se mettre à l’abri des vagues, puis déployer un USV plus petit. Une autre solution est le développement de systèmes moins dépendants des signaux satellites, ce qui constitue un défi technologique auquel s’attaquent les ingénieurs ukrainiens ainsi que des industriels de la défense tels que Thales, Palantir et Naval Group. Les missions de longue durée se heurtent à des conditions imprévisibles dans un environnement non structuré, dynamique et peu connu. Ces contraintes compliquent le suivi humain et incitent à l’autonomisation croissante des systèmes.

Les mines navales qui dérivent sont un obstacle de plus que doivent braver les bâtiments qui naviguent dans cet espace maritime. Les mines déposées dans une région peuvent, si elles se détachent du filet qui les retient au fond, dériver sur des centaines de kilomètres jusqu’à des endroits non impliqués dans le combat naval. C’est le cas dans le conflit russo-ukrainien ou des mines ont dérivé jusqu’aux côtes roumaines et turques, posant un grave danger aux bâtiments civils et obligeant les autorités à fermer les routes maritimes afin de mener des opérations de déminage. Les mines peuvent être posées par des navires, des avions ou des sous-marins et pose non seulement une menace aux navires, mais aussi à toute l’infrastructure en littoral comme les sites d’extraction de pétrole « offshore ». Certaines bombes sont si puissantes qu’elles peuvent causer des dégâts qui se ressentent jusqu’à terre comme, la contamination de l’eau pour les villes portuaires.

Mine navale ukrainienne flottant dans la Mer Noire


En mai 2022, l’Organisation maritime internationale (IMO) a signalé la présence de « munitions marines libres » en Mer Noire, notamment des mines dérivantes détectées près des côtes roumaines, bulgares et turques. L’avis, publié le 25 mai 2022, alertait sur « une menace immédiate pour la sécurité des navires » et a conduit plusieurs États riverains à intensifier leurs opérations de déminage. (IMO, Update on Sea Mines in the Black Sea Region, 2022).
La carte suivante nous renseigne sur la présence des courants en Mer Noire : la zone où il y a eu le plus d’incidents rapportés de mines qui flottent librement est surlignée en rouge (près des côtes turques, bulgares, roumaines et ukrainiennes). La zone en jaune, intitulé Neptun Deep, est le nom de site extracôtier d’exploitation pétrolière, qui est situé dans les eaux roumaines.

Incidents de mines navales documentés en Mer Noire


En plus d’être victime des mines navale alors qu’ils naviguent en mer, les bâtiments peuvent être visés par « des mines offensives » qui les cibles dans les ports. Le contraire s’applique également : des mines peuvent être volontairement posées à certains endroits d’un port ou d’une plage, sa position connue au préalable par les forces défensives, ce qui agit comme un élément de surprise contre l’attaquant, qui ne connaît pas l’emplacement des détonateurs.
Pour les humains et systèmes qui y opèrent, le milieu maritime comporte trois dimensions, de surface, aérienne et sous-marine. Dépendamment du milieu dans lequel évolue le drone, les défis ne sont pas les mêmes. L’obscurité, la pression et l’inconnu caractérisent le milieu sous-marin, qui présente l’avantage d’être protégé des courants, ceux-ci se limitant essentiellement à la surface.
La surface est caractérisée par la présence de trafic et d’objets que doivent contourner les bâtiments, facteur qui influence la conception des drones et des navires qui sont désormais équipés de dispositifs spécifiques leur permettant de faire face à ces défis, comme des détonateurs de mines.

La dimension aérienne est l’espace aérien au-dessus de la mer, repère de prédilection des UAV. Inversement à la surface et dans une moindre mesure au milieu sous-marin, la dimension aérienne est d’une « taille » immense. Un UAV, selon ses capabilités, peut être amené à voler en haute altitude ou à « planer » à quelques mètres au-dessus de l’eau. À quelques mètres au-dessus de la mer, le drone est ainsi exposé aux éclaboussures des vagues, ce qui le recouvre de sel pouvant entraîner de la corrosion, un facteur essentiel à prendre en compte par les concepteurs.


SOURCES : 

GILDAY, M.M. CNO releases navigation plan 2022 [en ligne]. Informatif. [S. l.] : Chief of naval operations, 2022. Disponible à : <URL : https://www.navy.mil/Press-Office/Press-Releases/display-pressreleases/Article/3105576/cno-releases-navigation-plan-2022/.>.

NAVY CAPTAIN (RET.) ASSOCIATE PROFESSOR ROMEO BOȘNEAGU, PHD et BOȘNEAGU, Romeo. The Mines War in the Black Sea: An Unfinished Conflict. Romanian Military Thinking [en ligne]. Décembre 2024 [consulté le 2 novembre 2025], Vol. 2024, n° 4, p. 304‑317. DOI 10.55535/RMT.2024.4.20.

PÉRIA PEIGNÉ, Léo. La dronisation navale, une opportunité pour la marine nationale de 2030 ? Ifri [en ligne]. Briefings de l’ifri. Paris, France : Institut français des relations internationales, août 2022. Disponible à : <URL : https://www.ifri.org/fr/briefings/la-dronisation-navale-une-opportunite-pour-la-marine-nationale-de-2030>.

STADLER, Stefan et DENGLER, Marc. Black sea: shadow of the mines - OMV to build gas platforms and pipelines amidst Black sea war zoneRapport informatif. Vienne, Autriche : Greenpeace Europe centrale et Europe de l’est, 2024.

 


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