| Carte officielle de la République socialiste du Vietnam |
Le Vietnam cherche à préserver sa souveraineté et à tracer son propre chemin en misant sur de nombreux partenaires pour éviter de dépendre exclusivement de la Chine. Une stratégie de diversification visant à préserver son statut de puissance régionale et de pays ouvert à tous les investissements internationaux. Toutefois, malgré les efforts vietnamiens, la Chine demeure le principal investisseur étranger au Vietnam, derrière Singapour.
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Plan de cette contribution
1. Projets d’infrastructures et coopération économique
Avant 2017, on ne dénombrait que 98 projets chinois sur le sol vietnamien, pour une valeur de 18,45 milliards de dollars. À partir de 2017, date de l'intégration du Vietnam au projet de la BRI, tout s’accélère. En 2021, l'on comptait 191 projets d’une valeur totale de 29 milliards de dollars. En 2018, 11 % des IDE (investissements directs à l’étranger) chinois dans l'ASEAN, soit 10,8 milliards de dollars, étaient à destination du Vietnam. Les IDE chinois représentaient alors 20 % de tous les investissements au Vietnam.
En raison de la présence d’infrastructures déjà développées et d’une population hautement qualifiée, le pays constitue une destination particulièrement attractive pour les investissements chinois, qui peuvent ainsi y être déployés plus aisément. En 2024, les échanges économiques avaient ainsi atteint 260,65 milliards de dollars, ce qui représentait alors près d'un tiers du commerce total vietnamien. Les exportations chinoises vers le Vietnam se sont élevées cette année-là à 161,89 milliards de dollars, tandis que les exportations vietnamiennes ont atteint 98,76 milliards.
S’efforçant d’entretenir des relations cordiales avec la Chine, le Vietnam évolue dans une dynamique que Van Huy Duong qualifie « entre coopération et lutte ». Les deux États collaborent sur des questions économiques et de développement, tout en demeurant en désaccord sur les revendications territoriales, les zones économiques exclusives et les enjeux d’influence.
Les projets chinois au Vietnam se concentrent principalement sur les infrastructures de transport et sur les énergies renouvelables. Un des plus gros projets d'infrastructure financés par la Chine est la ligne 2A du métro de Hanoï. Cette ligne de 13,1 km a été financée en partie par l'aide au développement fournie par la Chine et construite de concert par l'État vietnamien et l'entreprise China Railway Sixth Group. Le projet, démarré en 2011, a été achevé en 2021.
Un autre projet d'infrastructure de transport important financé par la Chine au Vietnam est la ligne de chemin de fer Lao Cai-Hanoi-Hai Phong. Le tracé de la ligne traversera neuf provinces. Cette ligne de 391 km et d'un coût estimé à 11,6 milliards de dollars doit permettre de relier la frontière chinoise via la ville de Lao Cai jusqu'au port de Hai Phong situé non loin de Hanoï. Le projet est financé par d'importants prêts chinois ainsi qu'une aide non remboursable.
En 2023, lors de la visite de Xi Jinping au Vietnam, les deux pays signent plusieurs accords relatifs à ce projet, dont le soutien de la Chine à l’étude de faisabilité. Cette étude s’achève en mai 2025, permettant le démarrage des travaux dès décembre 2025. Le gouvernement vietnamien appelle à accélérer les procédures administratives afin de respecter un calendrier ambitieux, avec un achèvement prévu en 2030.
| Le secrétaire général Xi Jinping et le secrétaire général Nguyễn Phú Trọng le 13 décembre 2023 |
La construction se déroule en deux phases : la première consiste à déblayer la ligne et à réaliser les premiers travaux ainsi que les ouvrages d’art nécessaires à la préparation du terrain. La deuxième phase, intégrée à l’initiative Belt and Road (BRI), comprend la pose des rails de la ligne à double voie et l’établissement de la connexion ferroviaire entre la gare de Lao Cai, au Vietnam, et la gare de Ha Khau Bac, en Chine, de l’autre côté de la frontière. Cette ligne, s’inscrivant dans le cadre de la BRI, se raccorde au réseau ferré du Yunnan, facilitant les échanges et offrant un accès plus rapide à la mer pour cette province enclavée. La standardisation selon l’écartement des rails chinois permet le passage fluide des trains entre les deux pays.
Pour la Chine, c'est donc un autre corridor économique qui s'ouvre à elle. Il sera également relié à la ligne de chemin de fer de Hanoï qui descend vers le sud du Vietnam. On est ici, pour la Chine, dans sa stratégie de désenclavement de ses provinces intérieures, que ce soit via ses propres infrastructures ou via d'autres pays frontaliers qui peuvent leur offrir cet accès tant convoité à la mer. Ce projet, dans le cadre de la BRI, est un outil d'intégration régionale transfrontalière ; il permet de raccrocher les autres pays au grand frère chinois qui ouvre son marché en échange d'un accès au monde. Pour le Vietnam, c'est un bon moyen de relier plusieurs villes du Tonkin et de donner un accès encore plus rapide à la mer pour Hanoï et de développer le port de Haïphong pour lui donner une envergure régionale, voire internationale, car les marchandises voulant sortir du Yunnan ou voulant y aller pourront alors transiter par ce port. Pour le pays, c'est également un moyen de faciliter l'entrée de ses propres marchandises vers la Chine, notamment ses produits agricoles. La coopération avec la Chine pour le Vietnam ne doit pas se faire au prix du contrôle du pays sur son destin et son économie. Ainsi, les deux pays ont à gagner dans ce projet qui est là pour stimuler leur économie.
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